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Noël sous les Tropiques

Par Le Grand Chef , le vendredi 21 décembre 2007.

Je mangeais ma salade à la terrasse de la librairie La Pléiade un samedi midi comme les autres. Il fait environ 25°. A l’ombre. Au soleil je ne sais pas, je n’y vais pas, j’ai peur de prendre un coup. J’attends ma salade rafraîchissante. Derrière moi il y a une lancinante mélodie électronique. Une mélodie de Noël. Voire même plusieurs. Elles se font une concurrence ardue. J’ai un moment d’hésitation. Je me retourne. Il y a dans le buisson derrière moi une mêlée de guirlandes enchantées qui couinent Jingle Bell. J’ai un doute un instant. Non, nous ne sommes pas au mois d’août. Nous sommes bien un 15 décembre.

A Port-au-Prince.

Et quand je remonte l’avenue Martin Luther King, je trouve, sur la pelouse entre la Texaco et l’Unibank, des rênes en osier enguirlandées. Dans la boutique de la station essence, des paniers de Noël. Des boules multicolores. Dans les églises j’entends « lago lago Nwel, chak anne nou gen rende vou ». Sur la rue Jean-Paul II, je retrouve mes esprits. Je suis un peu obtue. Persuadée que tout ça n’est qu’un rêve. Tout est normal. Le ministère des travaux publics refait les trottoirs. Les marchandes vendent des citrons, des bananes, des shampoings, des crayons, des carnets. Un garçon brade des poules aux nez teintés des 4x4. Ça va aller. Une blague qu’ils m’ont faite. Mais au market, il y a un père Noël d’un mètre quinze qui opine du bonnet en tête de gondole. Vite, sortir. Je tourne à gauche pour prendre la rue Babiole (ma rue). Sautiller les 3 marches, éviter les trous dans le trottoir (allez savoir pourquoi ils ne refont jamais les trottoirs qui le mériteraient, d’ailleurs à ce propos je feria volontiers une digression si je n’avais peur d’ennuyer mes lecteurs. Comme mes lecteurs ont finalement le choix de laisser là la lecture de cet ennuyeux article, je me décide, je fais ce que je veux. Donc, pour ce qui concerne les trottoirs : c’es t le ministère des travaux publics qui les refait, et pas la mairie, qui n’a pas un rond. Le ministère arrive, casse, refait du joli bitume. Il choisit au préalable un trottoir qui n’a pas besoin d’être refait, sinon même pas drôle. Il fait les travaux la nuit pour empêcher le Grand Chef de dormir et pour pouvoir se servir de génératrices, puisqu’il n’y a pas d’électricité dans les rues. Quand c’est refait, tous les pékins peuvent voir que ça a cassé tous les tuyaux d’alimentation en eau potable. Non qu’ils soient nombreux , les tuyaux, pas les pékins, dans la capitale pourtant. Alors la centrale des eaux de la métropole arrive. Elle constate les dégâts et se met en devoir d’y remédier. Pour ce faire elle casse les trottoirs tout neuf. Rafistole les tuyaux. Et s’en va. Résultat : vos trottoirs anciennement en excellent état sont désormais des champs de mines. La chose étant exposée, j’espère en termes suffisamment clairs pour que personne ne se fasse d’illusion sur la coordination dans ce pays, je vais vous faire finir ma promenade) Je remonte doucement ma rue fétiche. Je trotte de gauche à droite. Je sautille jusqu’à regagner les 10 cm de bitume surélevés qui me protègeront des potentielles arrivées d’excités du volant. J’ai déjà oublié que c’était Noël.

Et là je vois un type qui monte tranquillement. Sur son dos, un sapin.

En vertu du décret n°10, nous fêtons tout en Luciocratie, et par n’importe quel climat. Joyeux Noël amis luciocrates !

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Bagne