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Historiette de la CAMEP

Par Le Grand Chef , le lundi 11 février 2008.

Samedi, le Grand Chef part à la librairie voir s’il n’y aurait pas une Belle du seigneur dans les rayonnages (le Grand Chef a un Grand besoin de Belle du seigneur et ne parvient pas à mettre la main dessus). Il descend Babiole en sifflotant, prend Turgeau pour la remonter. Les marchandes le hèlent mais lui préfère bavasser avec Lukner. Lukner a attrapé le Grand Chef en lui demandant s’il ne voulait pas de cette splendide tapette à moustique qu’il tient entre la clavicule droite et l’oreille du même côté (parce que Lukner est un homme quincaillerie et que ses mains sont amplement occupées par des outils ménagers de type Boris Vian). Le Grand Chef a d’abord cru bon de faire remarquer à Lukner qu’il s’agissait d’une raquette de badminton, avant de constater son erreur à lui (le Grand Chef qui pourtant ne fait jamais d’erreur) : c’était bien une tapette à moustiques géante. Lukner a paru étonné quand le Grand Chef a prétendu qu’il n’avait pas de problèmes avec les moustiques et donc aucun besoin de la raquette-tapette. D’autant que deux secondes après il lui demandait où trouver une moustiquaire pour sa kabann (lit). Le Grand Chef n’est pas à un paradoxe près.

Mais en réalité mon historiette n’a rien à voir avec Lukner, ni avec le fait que nous n’avons pas trouvé de moustiquaire sur Turgeau, car mon historiette n’a à voir qu’avec un minuscule morceau de Turgeau, le morceau qui fait l’angle avec Martin Luther King. Là où ils ont mis les feux tricolores il y a trois mois pour l’arrivée du Grand Chef et où il faut tourner pour aller à la station service où on fait des sandwichs frais même à 4h du matin.

D’ailleurs mon historiette est moins qu’une historiette, c’est juste un sourire en passant à ce coin de rue. Je vais tâcher d’agrandir le sourire tout de même, d’écarter les mâchoires pour en faire sortir une historiette. Enfin lisez vous verrez bien quoi je vais pas tout vous dire avant non plus.

A cet angle de rue donc, trois badauds étaient penchés au-dessus d’un trou foré par une grande mâchoire métallique. Les travaux sont trop rares dans ce pays pour que le Grand Chef ne se penche pas lui aussi au dessus du trou faire son curieux un peu. Ses grands yeux clairs regardent au fond. Et là, ô surprise des surprises, moment saisissant, presque mouvement de panique tant le phénomène est rare, à deux doigts d’ameuter toute la rue le Grand Chef. Grand regret de ne pas avoir pris son appareil photo. Que voit le Grand Chef ? Oui ? Que voit-il ? Vous ne me croirez jamais j’en suis sûre. Le Grand Chef voit un employé de la CAMEP au fond du trou. Oui messieurs mesdames, farpaitement, en chair et en os, un employé de la CAMEP, un vrai être humain portant un tee shirt au nom de sa célèbre et néanmoins fantôme institution.

Mais oui voyons rappelez-vous, je vous ai déjà expliqué ce qu’est, ou plutôt ce que n’est pas la CAMEP ! C’est la centrale métropolitaine des eaux de Port-au-Grand-Chef. Or il n’y a pas d’eau à Port-au-Grand-Chef (et ce bien que ce soit un port, ndlr). Car la CAMEP concentre ses investissements dans la production d’eau, mais il n’y a pas de production. Du coup la CAMEP n’a pas d’argent pour entretenir le mini réseau existant. Et ça fuit et ça fuit. Et que tout le monde fait des branchements pirates comme des sagouins. Par ailleurs, la légende urbaine raconte que le directeur de la CAMEP ne peut pas rentrer dans son bureau car il est menacé par de vilains monsieurs qui veulent lui faire la peau. En fait tout le monde voudrait bien faire la peau au directeur de la CAMEP parce qu’appeler des camions d’eau tous les mois, c’est agaçant à la fin. Mourir de dysenterie entre 1 an et 8 ans c’est pénible aussi.

La CAMEP est donc une célébrité qu’on ne voit jamais, une star qui se terre.

Comprenez mon saisissement en voyant l’employé tripatouiller au fond du trou un gros tuyau de l’an 40. Il le défait, un petit ru s’enfuit. Le Grand Chef tout heureux poursuit sa route en rêvant de fontaines, d’assainissement, d’eau courante et potable.

A la librairie il ne trouve pas Belle du seigneur.

Sur le retour, le Grand Chef repasse par le même angle de rue. Les badauds se sont éparpillés, la pelleteuse est encore là, seul signe patent du passage de l’ange camépien. Le trou n’est pas refermé, ainsi quelqu’un pourra s’y jeter cette nuit et y trouver la mort. La curiosité du Grand Chef est toujours vive et le voilà qui penche son auguste tête au dessus du trou. Pour voir un peu ce qu’ils ont fait. Eh bien figurez-vous, ô merveille des merveilles, incommensurable incompétence, que le trou était tout empli d’eau qui s’enfuyait par le même tuyau de l’an 40 que l’employé avait précédemment défait. Lequel tuyau ronflait sagement à côté sur le tas de gravas, comme un cochon repu sur un tas de fatras.

Moralité, non seulement la CAMEP n’entretient pas le réseau, mais en plus elle le détruit.

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Bagne