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Gina Pane
L’art corporel face à ses contradictions
Par Tatin taquine , le Monday 2 May 2005.

Le Centre Pompidou présente actuellement une exposition consacrée à Gina Pane, artiste française présente dans les années 70, connue pour ses performances d’ "art corporel". Dans cette catégorie d’historiens de l’art sont rangés tous les artistes qui ont utilisé leur propre corps comme support d’expériences, plus ou moins pénibles, lors de performances retranscrites par des vidéos ou des photographies, essentiellement dans les années 60-70.

Si l’exposition a le mérite de donner un bon aperçu de l’œuvre de Gina Pane, elle a le défaut de n’interroger à aucun moment la démarche de l’artiste. Pourtant, les contradictions sont nombreuses. Et il aurait été plus intéressant d’interroger la complexité, l’ambiguïté de la démarche de l’artiste, plutôt que de se limiter à les présenter au public sans la moindre ouverture critique.

L’exposition ouvre en effet sur des vidéos de performances pendant lesquelles l’artiste s’est infligée de rester le plus longtemps possible allongée sur l’armature d’un lit métallique sous lequel elle avait disposé plusieurs bougies, et elle se termine sur des œuvres abstraites, extrêmement séduisantes, sur les stigmates de Saint-François d’Assise. Pendant toute l’exposition, le spectateur a le sentiment que Gina Pane a toujours hésité, qu’elle n’a jamais fait de choix artistique radical, quitte à jouer sur différents tableaux.

Les vidéos de ses performances apparaissent comme purement documentaires, alors que les photographies des mêmes scènes sont extrêmement travaillées, et présentées de manière très esthétisée. On sait que Gina Pane établissait avant chaque happening un story-board très précis, qu’elle ne travaillait qu’avec un seul photographe, qu’elle attribuait beaucoup d’importance à ce qui n’était censé n’être en fait qu’une simple trace de son acte artistique véritable : le happening. Que le documentaire puisse se transformer en œuvre d’art purement esthétique, cela arrive parfois, il suffit de penser aux photographies industrielles du couple Becher. Pourtant, si cela dérange chez Gina Pane, c’est que cette oscillation entre deux propositions artistiques semble mettre en danger son propos. L’art peut-il se faire le porte-parole d’une révolte contre les cadres établis de la société, en faveur de la libération de la femme, du développement d’une conscience écologique, s’il se soucie presque plus de la forme que du fond ? Par ailleurs, le vent de contestation propre aux années 70 mélangé au relent de foi catholique présent dans ses œuvres étonne, s’il ne donne pas la nausée. L’art corporel ne serait-il qu’un retour à un art judéo-chrétien où la souffrance physique mène au paradis ?

L’exposition ne pose à aucun moment ces questions, de même qu’elle ne remet à aucun moment l’œuvre dans son contexte, ce qui est préjudiciable tant les premières œuvres semblent figées dans une époque. Le sérieux qui accompagne tous ces happenings fait sourire. La dérision, qui est aujourd’hui de bon ton, semblait avoir perdu tout droit de cité dans les années 70. Les temps changent... Enfin, ce qui fige encore plus ces œuvres dans le passé, ce sont ces serviettes hygiéniques sous verre, jaunies par le temps, conservées depuis des années comme des reliques sacrées. Cela dessert plus que tout la démarche de l’artiste : si cela avait un sens de présenter ces serviettes dans les années 70 pour choquer le public des galeries d’art contemporain, quel sens cela peut-il avoir en 2005 dans une salle du Centre Pompidou ? C’est un témoignage, certes. Mais l’on reste dubitatif, et l’esprit de révolte de ces actions semble piétiné. Qu’en reste-t-il ?

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