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Sortie du palais chéfial
Texte à lire en alternative
Par Le Grand Chef , le jeudi 10 juillet 2008.

Une grande façade de six étages plus le toit en zinc. Balcon fleuri au 2e étage à droite (en sortant de l’escalier). Interphone solide. Rue large d’au moins 8 mètres. Trottoirs de chaque côté, voitures rangées ayant payé le droit de finir leur nuit les roues matées par le caniveau. Je vois tout avant même de sortir de chez moi. Je saute la marche en marbre pour atterrir dans la rue. Je devrais décrocher mon vélo, accroché au poteau stop. Mais non, je vais marcher à pied. Je vais créer chacun de mes pas. Je vais appliquer doucement ma semelle à la chaussée quand il y a trop de poussettes sur ma route, et la déplier comme chaque vertèbre contre une bergère quand je serai seule et que le surplomb délicat sera vide. Je vais jouer au crocodile avec les passages piétons. M’arrêter quand ce sera rouge.

Je descends les trois étages. J’aperçois entre les grilles à chaque palier les gardes du corps qui baguenaudent avec le chauffeur et le gardien. J’arrive au sommet du rez-de-chaussée. Je saute la marche de carrelage. Bonjour à tous. Je vois bien que ma jeep est à contre courant de tout le parking, coincée entre un pick up rouge et une petite voiture blanche bête. Je suis rentrée trop tard hier, à 19h, pour avoir une vraie place pleine. Mon cerveau va devoir se plier en quatre pour la manœuvre de la marche arrière. Et le soleil en ligne droite dans ma pupille gauche. Le déclic de la grille qui s’ouvre automatiquement grâce au remote du gardien. Sortir de chez moi est un défi. Un public de 8 personnes. Je tâte ma poche pour rencontrer la clé de la jeep. Je jette des coups d’œil désespérés, il n’y a que des moqueurs. Ils savent que je vais râper ma carrosserie.

A gauche je tourne après l’arabe direction la boulangerie. J’ai faim mince et un quart d’heure d’avance. Finalement j’ai décroché mon vélo mais je le tiens à la main. Fabrication de corne entre l’annulaire et la paume. La pédale m’a fait trois bleus. A cinq centimètres d’écart sur le mollet droit. Devant la boulangerie il y a la queue, elle est grande ouverte, on ne sait s’il y a une porte la nuit quand ils font tomber le rideau de fer. La pluie ne rentre jamais arroser les pains aux raisins à un euro quarante. J’ai accroché le cadre au cadenas accroché à une poubelle verte dont le sac est ramassé chaque jour. Je rentre, je souris, devant moi les gens se transforment en baguette, je prends un croissant.

Je suis en haut de la rue. Il faut que je fasse un numéro d’équilibriste avant de tourner à droite, un point de patinage, la pente est trop raide. Avec de l’entraînement j’ai réussi à me passer du frein à main. Le marchand de pâté crie sa marchandise juste après que j’ai regardé de chaque côté et décidé de déraper pour avaler les trous et les bosses en tournant le volant.

Je remonte sur mon vélo en câlinant la lumière qui s’achève sur le parvis de l’église. Mon pneu fait l’amour avec deux pavés divorcés.

Je vois le soleil s’abattre sur les bougainvilliers qui s’affalent sur les murs crénelés de grillage piquant. La vieille femme sommeille sur sa pile de nippes.

Sens unique sauf pour les bus, je dévale la pente qui se suicide dans le bassin de la Villette. Il y a du vent entre ma nuque et mes omoplates. Mes mains froidissent le guidon se roidit.

Toutes les Caraïbes dans un trapèze d’azur dessiné au bas d’une dévalescence. A vive allure de trente kilomètres heure. J’ai coupé la climatisation et ouvert la fenêtre, je tends la main pour dire bonjour au conducteur qui vient face à moi et sera peut-être de la partie ce soir.

Vous êtes dans le présent ordinaire mais chaque matin quand vous ouvrez votre porte vous plongez dans le monde que vous avez choisi. Les sous pente et les murs d’échiffre. Un pavillonnaire ou une campagne, la Loire, la Vilaine ou la baie de Hong Kong. L’avenue de la revolucion, Mexico, et le carrefour des 3 banques, Cotonou, mairie de Mesa, Arizona, place du commerce face au Gange, Lisbonne, Tiergarten, Tamise, lycée français de Buenos Aires, Pré Saint-Gervais, Rosario, Lyon Part-Dieu, montagnes d’Hokkaïdo, rue de la Folie Méricourt, avenue du Mont Royal. Continents je tiens tous les jours vos levers dans mes mains. Car en prenant voiture, vélo, pied ou bus ou métro, chaque matin je pense à vous dispersés aux quatre coins du monde. Qui le furent ou le serez. Mes amis les parcelles de mes rues sont laniérées de vous.


Bagne