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Petite description de Port-au-Prince
(euh du peu que j’en ai vu)
Par Le Grand Chef , le mardi 13 novembre 2007.

A destination des curieux !

A mon arrivée de nuit en avion, j’ai bien observé la luminosité de la ville, et j’ai vu une vague d’extinction des feux rapidement rattrapée par un retour à la normale. A 18h il fait nuit noire. Les rues ne sont pas éclairées, seuls certains points lumineux indiquent des bâtiments, des restaurants deci de là, et les phares font office de lampadaires. Bien sûr le palais du Grand Chef a toujours de l’électricité, je vous rassure.

Circulation (ou embouteillage, choisissez)

Les phares, à Port-au-Prince centre, sont surtout ceux des 4x4, indispensables pour déplacer votre Narrateur sur les routes qui, bien que goudronnées, sont truffées d’ornières et de nids de poules. Dès qu’on s’éloigne du centre ville on circule sur des routes ravinées et de moins en moins goudronnées. L’ONU a le privilège de l’arrogance avec des 4x4 porteurs d’antennes comme des cornes d’animaux sauvages sur le capot avant et les véhicules les plus imposants. Sibrun qui me conduit dans ce vacarme affirme que ces armes de la communication se trouvent aussi sur les 4x4 des ambassades de France et du Canada. Des pick ups font parfois office de transports en commun quand ce ne sont pas les magnifiques tap tap (bus). A noter que le tap tap haïtien est plus beau encore que le bus mexicain, tout orné de gris gris, d’appels à une protection divine, voire de menuiseries ajoutées aux encadrements de fenêtres. Pas de mobylettes à Port-au-Prince et j’ai comptabilisé 2 vélos depuis mon arrivée (le cycliste marchant le plus souvent à pied à côté). J’ai développé une immense admiration pour mes chauffeurs qui déploient dans le plus grand calme un art consommé de l’accélération-freinage et surtout du frôlement à deux centimètres des enfants, autres véhicules, murs et animaux. Il y aurait tout de même quelques accidents de temps à autres (mortels entre autres).

Des chiens, des poules, chèvres et cochons en milieu urbain

La faune locale occupe une place importante dans la rue. Le chien tout d’abord, qui aime à hurler la nuit, et va volontiers s’enquérir d’un potentiel reste de repas auprès de tout humain à sa portée. Les poules, coqs et poussins s’agitent en tout sens pour se tailler un chemin hasardeux dans la foule. Les gros cochons noir clair trient pacifiquement les déchets qui gisent en divers lieux. Les chèvres enfin se font généralement accompagner de leur progéniture croquignolette, et sont accusées, dans le parc sur lequel je travaille, de se régaler des pousses d’ibiscus. J’ai déjà mentionné quelque part l’atroce cocorico qui me lève à 5h30 chaque matin. Après quelques discussions, le fait est avéré sous d’autres fenêtres d’innocents dormeurs (une volontaire avoue sans honte balancer des bassines d’eau au sien pour qu’il se taise enfin). Tout coq ayant pour destinée la cuisine, je me console.

Du commerce

A l’image de nombreuses villes de part ce vaste monde, les marchands se pressent sur les trottoirs pour vendre les objets les plus curieux et variés, fruits et légumes, et accrochent leurs poches multicolores emplies de bonbons ou autres aux grillages qui jouxtent leurs étals de fortune. Le carrefour est, à n’en point douter, le lieu privilégié des installations commerciales. Femmes aux épaules solides portent sur leurs têtes des paniers de victuailles. Des magasins plus institutionnels occupent bien entendu le haut du pavé. Comme au Guatemala, les murs sont peints de publicité et d’enseignes à cette différence près qu’Haïti a hérité d’une partie de l’Afrique la très recommandable habitude de s’en remettre à Jésus s’il le veut, Dieu tout puissant pour la dénomination de bon nombre des dites enseignes. Des banderoles traversent les rues pour annoncer des fêtes et des campagnes, accrochées entre deux poteaux électriques aux innombrables branchements pirates.

Des bâtiments, du ginger style et du reste

Dans mon quartier, les maisons sont parfois très jolies, à l’instar de celle de MSF qui n’est pas loin de la belle demeure de Psychose d’Hitchock, sauf que la solitude n’y menace nullement, une armada de malades se pressant sur ses marches. Chaque espace qui n’est pas route est maison, et plus on s’éloigne du centre, plus cette maxime est vraie, jusqu’à l’extrême : les routes deviennent elles-aussi maisons et les arbres disparaissent. Les constructions sont en parpaing et atteignent facilement deux étages. Je ne vais pas me lancer dans la description des ravines entre les maisons et des ordures qu’elles charrient, je laisse ce plaisir à votre imagination. La ville étant bordée de mornes (montagnes et collines), les habitations en parpaing se pressent de façon anarchique sur les pentes aigues.

(JPEG)

Depuis les hauts

Port au Prince est très escarpée et en quelques minutes on a une vue magnifique sur l’ensemble de la ville bercée par l’anse de la mer des Caraïbes qui a la couleur que notre imaginaire leur associe. Un minuscule port accueille deux ou trois bâtiments imposants, la cathédrale domine le centre ancien quadrillé. Les quartiers insalubres construits sur d’anciens marais et des sédimentations d’ordures lèchent de leurs toitures serrées la côte bleutée. Le cirque urbain est ceint des montagnes haïtiennes chauves ou accrochant encore quelques lambeaux forestiers. De gros nuages noirs tentent de s’imposer souvent sans succès face à la plénitude de l’azur et lorsque le soleil est laissé à lui-même, il tape un peu fort sur les petites têtes des passants.

Des écoliers

Avant de finir cette rapide description de la beauté locale, il faut que j’invoque les arpentages quotidiens des centaines d’écoliers de la ville. En uniforme aux couleurs de leur école, ils s’accompagnent à l’entrée et la sortie des cours. Les filles en jupes plissées (roses, écossaises, bleues) ont des rubans dans les cheveux. Les garçons n’ont pas le droit à ces ornements remarquables. Ces défilés joyeux n’ayant pas lieu d’être le week end, je pense que je vais commencer à préférer la semaine.

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Bagne