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A la recherche du Grand Chef, par delà les océans et les gendarmes couchés
Témoignage prouvant l’existence du Grand Chef et ses dires
Par Antôane, ministre du népotisme et du privilège indu , le Saturday 14 March 2009.

Tout mortel a ses faiblesses, et tout mortel peut être amené à douter. Y compris un fervent luciocrate. Oui je l’avoue, j’ai eu un passage où j’ai douté de l’existence du Grand Chef : Port-au-Grand-Chef existe-t-il vraiment ? Y’a-t-il un palais chéfial ? Comment le Grand Chef occupe-t-il ses journées ?

Taraudé par ces interrogations sans réponse, et sans illustration photographique, je me suis mis en quête du Grand Chef.

Et comme vaut mieux s’adresser au Bon Dieu plutôt qu’à ses saints, je lui ai posé directement la question : Grand Chef, où es-tu, où vis-tu, que fais-tu ? Et comme le Grand Chef sait être proche de ses fidèles, la réponse n’a pas tardé. Viens z’y voir, prends tes billets pour Port-au-Grand-Chef, et vois par toi-même imbécile, qu’il m’a répondu.

Ni une ni deux, je me suis mis en route. Ma mission serait d’être au plus près du Grand Chef, d’en observer les us et coutumes. En vrai reporter, bordel de merde !

Descendu du car après une longue escale en Dominicanie, le Grand Chef est bien là pour me faire l’honneur de m’accueillir. Donc c’est bien vrai. Le Grand Chef vit bien à Port-au-Grand-Chef et n’envoie pas ses missives depuis une obscure chambre de bonne de Francie. Je monte dans son carrosse et nous descendons la route de Canapé Vert. Nous passons non loin de la rue Chochotte et arrivons rue Babiole. Diantre, ces noms rigolos existent bel et bien. Les portes de la cour du palais chéfial s’ouvrent. Et un petit homme à casquette nous accueille. Le Grand Chef lui dit quelque chose dans une langue inconnue (j’apprendrai plus tard qu’il s’agit du créole). Le petit homme répond « Papimal ». Autre certitude maintenant : le Grand Chef a ses gens.

Quelques étages plus loin, je découvre la suite chéfiale. Les appartements du Grand Chef disposent de tout le confort moderne : lumière, chambres, moustiquaires, cafetière, yaourts au fruit... Pas de carreaux aux fenêtres par contre. Le Grand Chef a également un balcon dominant la ville d’où il peut, à l’instar de Benoît XVI place Saint-Pierre, haranguer sa foule de fidèles. Là, en l’occurence, ses fidèles se limitent au petit homme à casquette, un gardien armé accoudé à son fusil et un troisième assis en bas des escaliers avec un casque sur les oreilles.

Les jours passent, nous allons à la mer, dans une contrée lointaine. Les palmiers, le soleil, le jus de chadèk et les cayemites... C’est que le Grand Chef mène la belle vie, sacrebleu ! me dis-je en mon for moi-même. Puis nous revenons à Port-au-Grand-Chef. Et là, le Grand Chef dit : viens z’y donc voir où je travaille. « À la fin des temps, le Grand Chef vous jugera et les élus iront tous vivre dans le Parc de Martissant », dit le Livre. Eh bien oui ! La Terre Promise existe ! Enfin y’a encore quelques travaux à faire, deux ou trois arbustes à planter ici et là, quelques géraniums à rempoter et quelques papiers à ramasser dans les ravines et tout sera prêt. Sur place, le Grand Chef parle en créole à des gens. Le Grand Chef vit que c’était bien et dit : il convient d’acheter une brouette afin de faciliter le travail de ces courageux. L’autre partie du travail du Grand Chef est de se poster à côté d’une piscine vide pour parler au téléphone à d’autres gens.

Mais bon, jusque-là aucune preuve tangible que le Grand Chef travaille vraiment. Si ça se trouve, Il fait semblant de téléphoner, et quand Il parle en créole aux vrais gens, c’est pour demander son chemin, venant dans le parc pour toute la première fois.

Quelques doutes persistent malgré tout. À quoi le Grand Chef occupe-t-Il vraiment ses journées ? Rien ne dit que le Grand Chef ne travaille pas en vrai dans un obscur établissement sordide au nom comique.

Et puis arrive un beau jour, alors que j’occupe tranquillement ma journée à des activités ministérielles (trier mes photos, boire du café, manger des noix de cajou), le Grand Chef me hèle. Viens donc me rejoindre sur mon lieu de travail pour t’alimenter, bourricot ; et pour guider, un plan du quartier en pièce jointe.

Après avoir été à droite, puis à droite, puis à gauche, puis à droite, être passé devant la maison de Norman Bates, je tourne à gauche, puis à droite, encore à droite et atteins les bureaux chéfiaux. Et ce n’est qu’après avoir passé le Grand Escalier, puis poussé une lourde porte que je puis voir l’ordinateur chéfial et, devant, le Grand Chef, qui passe des coups de téléphone, blague avec ses collègues à côté de la cafetière, prend des rendez-vous.

Tout ce que disait le Grand Chef était donc vrai. Tout était accompli. Et alors que je rentrais, un buisson ardent s’enflamma pour fêter ça (en fait, après vérification c’étaient juste des fatras dans une ravine).


Bagne