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Elections

Par Le Grand Chef , le dimanche 19 avril 2009.

La ville est calme. Depuis deux mois la ville est censée s’enflammer, mais la ville est calme. Tout peut s’enflammer d’un coup qui disent. Grand Chef tu te rends pas compte, t’étais pas là en 86, 87, 88, 90, 91, 2003, 2004, 2005, ni pendant les émeutes d’avril 2008 (Je vous épargne, dans mon incommensurable mansuétude, l’impossible synthèse de l’agitation des premières années du siècle dernier). T’es naïve Grand Chef.

Grand Chef a ses jumelles braquées sur le sud de la ville. C’est son terrain de prédilection. Il surveille de sa tour, mais sœur Anne ne voit rien venir, si ce n’est les mangues qui mûrissent et trois vaguelettes sur la mer.

Elections. Elections chez un Grand Chef ça veut dire courir à la dernière minute au bureau de vote parce que oh incroyable comme ça passe vite un dimanche. Puis une soirée devant la télé à se lamenter. Elections à Port-au-Grand-Chef ça veut dire qu’une bande de fous peut se mettre à distribuer des armes, de la drogue et de l’argent. Ce bon vieux cocktail pour faire exploser les quartiers. Molotov tropical. Pour une raison ou une autre d’ailleurs, ils ne font pas dans le détail de la rationalité, et encore moins de l’intelligible. Autant le Grand Chef peut se targuer d’avoir une prédisposition pour la politique, comme chacun sait et subit, autant l’analyse de la politique haïtienne est un domaine qui - et bien qu’ayant fait l’objet d’études et discussions en pagaille par mes différents services - demeure totalement abscons, surtout pour la deuxième syllabe.

Conséquence de la menace tractée dans toute la ville à l’encontre de tout citoyen qui voudrait faire son démocrate en allant voter (je vous épargne la description de la menace en question que vous ne pouvez pas vraiment imaginer et qui vous ferait illico vous cotiser, vous lecteurs de l’autre côté de l’Atlantique, pour un retour en jet privé du Grand Chef. Brrr, voilà une ellipse qui fait frissonner) et consécutivement de l’appel, que dis-je, la sommation à rester chez soi de la part des mêmes méchants, nous sommes en restriction de circulation. En interdiction de vente d’alcool, de vente d’essence dans des bidons et port d’arme. De samedi soir à lundi matin. Les Huns sont sur le pied de guerre, ça va sans dire. Notons que l’affluence prévue à ces fameuses élections était de l’ordre du négligeable, il y a fort à parier que la restriction sus-mentionnée achève de transformer le vote en nouveau record d’abstention.

Pour l’affaire du port d’armes, je peux m’arranger, il me suffit de laisser mes kalachnikovs dans la baignoire. Pour la circulation, sortir en auto signifie risquer de se faire arrêter mille fois, et puis de toute façon, on n’a pas le droit d’aller n’importe où, non non, y a des périmètres où faut laisser sa voiture et faire le chemin à pied. Ça ressemble un peu à un couvre feu en fait. Quand bien même on sortirait, tout est fermé. Conséquence intéressante, l’équipe chéfiale et ses ramifications considèrent qu’il s’agit d’une aimable incitation à ne rien faire si ce n’est écouter de la musique, boire de la Prestige et dire des blagues. Et de discuter des élections. Puis rentrer bien tôt chez soi.

Sauf à me faire transporter dans une voiture munie d’un laisser passer grand chéfial, je prévois un dimanche hautement statique, agrémenté d’une petite promenade à l’heure où la radio annoncera qu’aucun massacre n’a eu lieu, pour admirer la poussée des bougainvilliers et les rues dépolluées. Car en somme, l’exercice démocratique de ce week end sera surtout un grand service rendu à l’air et un mauvais coup pour le CO2. Branchez vos bronches, respirez bien large, on élit.


Bagne