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Le Grand Chef quitte son île
Il est des lieux difficiles à quitter.
Par Le Grand Chef , le mercredi 12 mars 2008.

Le Grand Chef a rarement quitté ses terres. Parce qu’il cultive son jardin, il y fait pousser des amis, met de l’engrais sur son travail et n’aime pas beaucoup devoir refaire tout le boulot. Le Grand Chef savait qu’en se déportant il allait pas rigoler sur cette affaire de quitter des lieux, d’autant qu’il est proustien le Grand Chef, ce qui ajoute à son potentiel de tristesse au moment de fermer une porte pour prendre un avion vers un autre continent. Il s’attache aux places, aux rues, aux trottoirs, aux vues, aux cochons dans les ravines, à la vieille maison de bois qui s’écroule rue Casseus. A ouvrir les yeux le matin et voir les montagnes au loin.

Le Grand Chef qui plus est anticipe beaucoup, ce qui l’aide pas mal quand il conduit dans Port-au-Grand-Chef et doit éviter les nids de poule, le roulement précipité des taxis en roue libre (utilité des pentes dans une ville, elles permettent d’économiser de l’essence) et la chute des feuilles d’amandier (grandes comme une paume de gorille). Ce qui l’aide moins quand son départ appelle un autre départ, plus lointain mais plus définitif.

Il est des lieux d’autant plus difficiles à quitter que tout le monde les quitte justement. On s’attache tout ça, puis on demande jusqu’à quand la personne reste, et sa présence n’est que de quelques mois encore. Ou pire, elle va migrer vers les Amériques. Les Amériques mangeuses d’humains. Alors le Grand Chef se sent bête comme devant un formulaire administratif. Pourquoi qu’il est triste d’abord puisque de toute façon la moitié de son entourage aura disparu de son morceau d’île dans six mois ?

Peut-être parce qu’il n’y a pas de quoi rire. Venir bâtir des projets de long terme dans un pays que tout le monde abandonne, y compris ses enfants, y a pas de quoi rire.

Si vous avez bien suivi ça veut dire qu’il va falloir être sympa avec votre Grand Chef à son retour en Francie.

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Bagne